Art et Fiscalité

A TITRE INFORMATIF

Fiscalité et achat d’une œuvre d’art

L’achat d’une œuvre d’art est avant tout un choix esthétique, culturel et patrimonial. En France, il peut également présenter certains avantages fiscaux, notamment pour les entreprises qui acquièrent des œuvres originales d’artistes vivants.

Les règles fiscales ayant évolué récemment, voici les principales dispositions applicables en 2026.

Ces informations sont données à titre général et ne constituent pas un conseil fiscal personnalisé. Pour une situation particulière, il est recommandé de vérifier les conditions applicables avec son expert-comptable, son notaire ou son conseiller fiscal.

Pour les particuliers

Un achat plaisir et patrimonial

Pour un particulier, l’achat d’une œuvre d’art destinée à son patrimoine personnel ne donne pas lieu, en principe, à une réduction ou à un crédit d’impôt sur le revenu.

L’œuvre constitue toutefois un bien mobilier qui peut être conservé, transmis ou revendu dans le cadre de la gestion du patrimoine personnel.

Les œuvres d’art et l’IFI

Les œuvres d’art, objets de collection et antiquités ne font pas partie de l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI).

L’IFI porte sur le patrimoine immobilier taxable. Les œuvres d’art ne sont donc pas intégrées à l’assiette de cet impôt du seul fait de leur valeur. (impots.gouv.fr)

Cela peut constituer un intérêt patrimonial pour les collectionneurs qui souhaitent diversifier leur patrimoine.

En cas de revente de l’œuvre

La fiscalité intervient principalement au moment de la revente.

Pour les œuvres d’art, notamment les tableaux et peintures réalisés à la main, une taxe forfaitaire peut s’appliquer lorsque le prix de cession est supérieur à 5 000 €.

Le taux est actuellement de 6 % du prix de vente, auquel s’ajoute 0,5 % au titre de la CRDS, soit une taxation forfaitaire totale de 6,5 % du prix de cession. (economie.gouv.fr)

Sous certaines conditions, le vendeur peut toutefois opter pour le régime d’imposition de la plus-value réelle sur les biens meubles. Ce régime peut notamment devenir intéressant lorsque l’œuvre est détenue depuis longtemps, car des abattements liés à la durée de détention peuvent s’appliquer et conduire, sous conditions, à une exonération après 22 ans de détention. (economie.gouv.fr)

La conservation des justificatifs d’achat est donc particulièrement importante : facture, certificat d’authenticité, preuve du paiement et, lorsque cela est pertinent, documents permettant d’établir la date d’acquisition.

En cas de transmission

Les œuvres d’art peuvent également être transmises par donation ou succession et entrent alors, selon les circonstances, dans l’évaluation du patrimoine transmis.

Il existe par ailleurs un mécanisme particulier appelé dation en paiement, qui permet, sous certaines conditions et après agrément de l’État, de régler certains droits fiscaux au moyen d’œuvres d’art ou de biens culturels présentant un intérêt patrimonial particulier. (Service Public)

Pour les entreprises

L’achat d’une œuvre originale d’un artiste vivant bénéficie d’un dispositif fiscal spécifique, particulièrement intéressant pour les entreprises.

Une déduction fiscale prolongée jusqu’en 2028

Bonne nouvelle : le dispositif prévu par l’article 238 bis AB du Code général des impôts, qui devait initialement prendre fin pour les acquisitions réalisées avant le 31 décembre 2025, a été prolongé par la loi de finances pour 2026.

Les entreprises peuvent désormais bénéficier de ce dispositif pour les œuvres acquises avant le 31 décembre 2028. (Légifrance)

Quelles œuvres sont concernées ?

Il s’agit des œuvres originales d’artistes vivants.

L’œuvre doit être inscrite à l’actif immobilisé de l’entreprise et être exposée au public dans les conditions prévues par le dispositif fiscal. (BOFIP)

Il ne suffit donc pas d’acheter une œuvre et de la conserver dans un espace privé inaccessible au public pour bénéficier automatiquement de la déduction.

Comment fonctionne la déduction ?

L’entreprise peut déduire de son résultat imposable le prix d’acquisition de l’œuvre, réparti par fractions égales sur l’exercice d’acquisition et les quatre exercices suivants, soit sur une période totale de cinq ans.

Autrement dit, pour une œuvre éligible achetée 10 000 €, le principe consiste à déduire 2 000 € par exercice pendant cinq ans, sous réserve du respect de l’ensemble des conditions fiscales. (Légifrance)

Il s’agit d’une déduction du résultat imposable, et non d’une réduction d’impôt correspondant directement au prix de l’œuvre.

Une condition importante : l’exposition au public

L’entreprise doit notamment exposer l’œuvre au public pendant la période prévue par le dispositif.

L’objectif de cette mesure est d’encourager les entreprises à participer à la diffusion et au soutien de la création artistique contemporaine. (BOFIP)

L’exposition peut notamment être organisée dans les locaux professionnels lorsque les conditions prévues par le dispositif sont respectées.

Une limite à prendre en compte

La déduction est soumise aux plafonds prévus par le dispositif fiscal, notamment à la limite applicable aux dépenses relevant de l’article 238 bis du CGI.

Le plafond est apprécié notamment par rapport au chiffre d’affaires de l’entreprise. Il convient donc de vérifier la situation de l’entreprise et ses éventuels autres versements entrant dans ce plafond avec son expert-comptable.

Exemple concret pour une entreprise

Une entreprise achète en 2026 une œuvre originale d’un artiste vivant pour 10 000 €, remplit les conditions du dispositif et inscrit l’œuvre à son actif.

Sous réserve du respect de toutes les conditions, elle pourra pratiquer une déduction fiscale correspondant au prix d’acquisition, répartie sur cinq exercices :

  • 2 000 € au titre du premier exercice ;
  • 2 000 € au titre du deuxième exercice ;
  • 2 000 € au titre du troisième exercice ;
  • 2 000 € au titre du quatrième exercice ;
  • 2 000 € au titre du cinquième exercice.

La dépense de 10 000 € n’est donc pas « remboursée » par l’État : elle permet une déduction du bénéfice imposable de l’entreprise selon les modalités prévues par la loi.

L’économie d’impôt dépend par conséquent du résultat fiscal de l’entreprise et de son taux d’imposition.

TVA et achat d’une œuvre auprès de l’artiste

Lorsqu’une œuvre d’art est vendue directement par son artiste créateur et que l’opération est soumise à la TVA, le taux réduit de 5,5 % peut s’appliquer aux œuvres d’art répondant aux conditions prévues par la réglementation.

Le BOFiP confirme que les ventes d’œuvres d’art réalisées directement par l’artiste créateur relèvent de ce régime. (BOFIP)

Attention toutefois : le régime de TVA applicable dépend de la situation fiscale de l’artiste. Un artiste bénéficiant d’une franchise en base de TVA peut, par exemple, ne pas facturer de TVA.

La facture remise à l’acheteur doit donc refléter le régime de TVA effectivement applicable à la vente.

Pourquoi acheter une œuvre d’art à une entreprise ?

L’achat d’une œuvre originale d’un artiste vivant peut ainsi présenter un double intérêt pour une entreprise :

• valoriser ses espaces professionnels

Une œuvre permet de créer un environnement de travail, d’accueil ou de représentation plus personnel et qualitatif.

• soutenir la création contemporaine

L’entreprise participe directement au financement du travail d’un artiste vivant.

• bénéficier, sous conditions, du dispositif fiscal prévu par l’article 238 bis AB du CGI

Le prix d’acquisition peut être déduit du résultat imposable sur cinq exercices lorsque toutes les conditions légales sont respectées. Le dispositif est actuellement applicable aux acquisitions réalisées avant le 31 décembre 2028. (Légifrance)

À retenir

Pour un particulier

Achat : pas de réduction d’impôt spécifique pour l’achat d’une œuvre destinée au patrimoine personnel.

IFI : les œuvres d’art ne sont pas comprises dans l’assiette de l’IFI.

Revente au-delà de 5 000 € : une taxe forfaitaire de 6 % + 0,5 % de CRDS peut s’appliquer, avec possibilité, dans certaines situations, d’opter pour le régime de la plus-value réelle.

Transmission : les œuvres peuvent faire partie du patrimoine transmis et certaines possibilités particulières, comme la dation en paiement, existent dans des situations spécifiques.

Pour une entreprise

Œuvre concernée : œuvre originale d’un artiste vivant.

Acquisition : dispositif applicable aux acquisitions réalisées avant le 31 décembre 2028.

Déduction : prix d’acquisition déductible du résultat imposable par fractions égales sur cinq exercices, sous réserve du respect des conditions légales.

Condition essentielle : l’œuvre doit notamment être inscrite à l’actif immobilisé et exposée au public dans les conditions prévues par le CGI.

TVA : lorsqu’elle est applicable à une vente directe de l’artiste créateur, le taux réduit de 5,5 % peut s’appliquer aux œuvres d’art répondant aux conditions réglementaires.

Une œuvre d’art : un investissement culturel avant tout

Au-delà des considérations fiscales, acheter une œuvre originale permet surtout de soutenir directement le travail d’un artiste et de faire entrer la création contemporaine dans les lieux de vie et les espaces professionnels.

Les règles fiscales étant susceptibles d’évoluer, les informations présentées sur cette page sont données à titre indicatif et doivent être vérifiées au regard de la situation particulière de l’acheteur. Pour une opération importante, il est conseillé de demander confirmation à son expert-comptable, son notaire ou son conseiller fiscal.